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Cette page a pour but d'attirer sur des erreurs courantes commises par les locuteurs de l'hébreu en Israël ou en Diaspora. Là où la pratique et le dikdouk divergent. Vive la FranceDemandez à un francophone qui pense avoir des notions d'hébreu comment il nomme en hébreu le pays dont la capitale est Paris. Il vous répondra fièrement : Tsarfat. Demandez à un Israélien, comment il nomme en hébreu le pays dont la capitale est Paris. Généralement, ils dira Tsorfat ou Tsarfat. Qui a raison ? Nous sommes dans un joli cas de choix sur la prononciation d'un Qamatz. Le mot en question, d'origine biblique, s'écrit : צָרְפַת Et comme je suis un paresseux qui veut faire réfléchir son lecteur, je ne note ni les accents, ni les metegs (sinon, c'est trop facile). Raisonnement simpliste : J'ai appris, étant petit, que le qamatz se prononce généralement A. Donc je dit Tsarfat. Raisonnement un peu moins simpliste : Oui, mais je me rappelle que quand le qamatz est suivi d'un sheva, souvent, il se prononce O. Donc je dit Tsorfat. Mais vous qui commencez à connaître la grammaire, comment prononcez-vous ce Qamatz ? Qui a raison ? Les francophones ou les israéliens ? Vous pourriez me dire que ne sachant pas où sont les accents, le paragraphe précédent ne vous permet pas de répondre. Et pourtant si ! Hypothèse 1 : Les Israéliens ont raison. Le qamatz est court. Il se prononce O. Il n'est pas accentué. Le sheva qui suit est immobile. Il ne se prononce pas. Mais d'après les règles du dagesh léger, la 3ème consonne doit avoir un dagesh léger. Le mot se prononcerait donc : tsorpat (et non tsorfat comme le disent les israéliens). Oui, mais, il n'y a pas de dagesh du tout dans la troisième consonne. L'hypothèse ne tient pas. Les Israéliens se trompent. Hypothèse 2 : Les francophones ont raison. Le qamatz est long. Il se prononce A. Il est accentué d'un meteg. Mais alors, il est donc suivi d'un sheva mobile qui se prononce. Le mot se prononce tsaréfat (et non tsarfat, comme le disent les français). Les francophones se trompent. Moralité, personne ne prononce plus correctement ce mot. Sauf les gens qui connaissent le dikdouk. D'après les règles du dikdouk, ce mot se prononce Tsaréfat et doit être doté d'un meteg sous la première consonne.
Pessah Casher VeshameahQuand un juif pratiquant achète de la nourriture pour la Pâque, il fait attention à la mention "כשר לפסח" apposée sur l'emballage. Mais généralement, il lit cette mention "Casher lepessah". Cette prononciation est erronée. Si le lamed ne marque pas d'article défini, il porte un sheva mobile, et la lettre qui suit ne porte pas de dagesh. Alors on dit : "Casher lefessah" avec un "f. On peut également considérer que le lamed porte un article. Alors, le פ porte un dagesh fort. On prononce "Casher lappessah" avec un "p" redoublé. Ceci dit, le mot Cacher ne figure pas dans bible. Il ne devrait pas figurer sur ce site. Quoi de neuf docteur ?En hébreu, l'expression "Quoi de neuf ?" s'écrit "מה חדש". Comment se prononce-t-elle ? Ceux des lecteurs qui n'ont pas le temps de faire un saut à Tel-Aviv pour répondre à cette question iront voir sur cette page : http://www.twilliam.f9.co.uk/Hebrew/Hebrew%20Words.htm Qui a pour but de donner des bases d'hébreu... moderne. On y trouvera cette prononciation : "Ma hadash? ". Or, devant un ח, la prononciation de מה change et l'ont dit מֶה חָדָשׁ, Mé Hadash ? Erreur tellement répandue qu'elle illustre à mes yeux le fossé qui sépare l'hébreu parlé d'aujourd'hui de celui que les sages ont préservé puis noté au moyen-age. PhinéasLe personnage biblique zelé, petit-fils d'Aaron, dont le nom s'écrit פינחס et dont le nom français est Phinéas, comment s'appelle-t-il en hébreu ? L'immense majorité des juifs l'appellent Pine-khas (avec un e muet). J'ai même entendu l'été dernier un rabbin ayant pignon sur rue dans la communauté juive francilienne, faire une brillante exégèse de la vie et de l'oeuvre parfois contestées de פינחס, en l'appelant Pine-khas (avec un e muet). Analysons les choses. Son nom est vocalisé comme suit : פִּֽינְחָס Ce nom porte l'accent sur la dernière syllabe et un meteg sur le פ. Donc, le sheva se trouve après une voyelle longue ne portant pas l'accent principal du mot. D'après la règle 3 du sheva mobile, il s'agit d'un sheva mobile. Pour celui qui douterait, il y a un meteg juste avant. Or, entre l'accent principal et le meteg, il y a soit une voyelle, soit un sheva mobile. Le sheva est vraiment mobile. Donc ce nom ne se prononce pas : Pin-khas mais bien Pi-nékhas. Guershon ?De même, le fils de Lévi nommé גרשון, nommé Guerschon en français, comment prononce-t-on son nom en hébreu ? Analysons sa vocalisation : גֵּֽרְשׁוֹן Comme pour Pinékhas, le sheva suit une voyelle longue, non accentuée. Le sheva est mobile. Prononcer : Gué-ré-shon. Bonne chance...
Les juifs ont la coutume de se souhaiter bonne chance en se disant Mazel Tov. Cette expression est erronée (ou plutôt traduit une déformation populaire et ashkénaze d'une expression correcte). Le mot mazal ne figure qu'une fois dans la Bible dans le 2ème livre des Rois, à propos d'offrandes idolâtres à divers objets célestes : לַשֶּׁמֶשׁ וְלַיָּרֵחַ וְלַמַּזָּלוֹת וּלְכֹל צְבָא הַשָּׁמָיִם Soit : "au soleil, à la lune, aux mazals, et à toute l'armée des cieux." Ce mot à connu une grande fortune plus tard, car le Talmud insiste sur l'influence que les corps célestes ont sur la plupart des gens. En tout cas, ce mot est vocalisé מַזָּל à la forme normale et à la forme construite, au singulier, comme au pluriel. Moralité : Les juifs disent Mazel Tov. Mais les gens qui parlent hébreu correctement doivent dire Mazal Tov.
... et bonne annéeUne erreur plutôt israélienne. Après Rosh Hashana, on se souhaite une : שנה טובה וּמְתוקה On entend prononcer le troisième mot OuMétouka. Le mot de base est Métouka. Mais quand un vav conjonctif vient devant une consonne avec un sheva, ce dernier devient immobile. On dit bien Sha-na To-va Oum-tou-ka. Pour plus d'explication : Préfixe II. Un nom divin au féminin ?La variété des noms divins en hébreu est un sujet qui mériterait à lui seul un site dédié. Il en est un qui surprend souvent, et qui a longtemps suscité l'étonnement de l'auteur de ce site. On sait que l'un des noms les plus utilisés a une forme plurielle אֱלֹהִים. La raison de ce pluriel dépasse le cadre d'un site de grammaire. Mais la question du medakdek est : "Quel est le singulier ?". Ce singulier se prononce d'une façon que l'oreille peu expérimentée traduit par "Eloha", forme apparemment féminine. Nous aurions donc un pluriel masculin et un singulier féminin, pour désigner un Dieu éminemment unique, et qui, hormis certains développements ésotériques présente peu d'attributs de la féminité. L'explication est pourtant simple. Si l'on prend la forme plurielle est qu'on la passe au singulier, dans un premier temps on obtient : אֱלֹה. Mais souvenons-nous des règles du mappiq (Cf Dagesh I) du patah furtif (cf Voyelles III). On a à la fin du mot un ה qui est une consonne à part entière (en tout cas, il l'est dans la forme plurielle). Il est précédé d'un holam qui est une voyelle longue. Donc il faut mettre un mappiq et... un patah furtif. La forme correcte est donc : אֱלֹוהַּ. Le holam malé étant du à des règles phonétiques. Et ce mot ne se prononce pas Eloha mais bien Eloah. Pas de féminin (qui se termine par un qamatz suivi d'un ה non prononcé). Pas plus féminin que le verbe לקבע liqboa' (fixer) ou l'adjectif גבה gavoah (élevé) ne le sont. Ce nom se retrouve très fréquemment dans le livre de Job.
La vérité si je mensLe mot vérité est souvent prononcé avec 2 syllabes, la première étant accentuée. Or, il suffit de regarder les points sous les lettres : אֱמֶת Le א est doté d'un hataf-segol, qui, je le rappelle, n'est pas une voyelle, et ne peut caractériser une syllabe. Ce mot est donc un mot d'une syllabe dont la voyelle est le segol sous le מ. L'accent porte donc nécessairement sur le מ. La raison de l'erreur est que de nos jours peu de gens raccourcissent le hataf. Donc ce mot sonne comme un mot à double segol (comme שמש ארץ קשר). Or, les mots à 2 segols sont mille'el. Amen !Le mot אמן est passé en français par le truchement de la religion chrétienne. En français, il est prononcé avec un accent sur le amen, sur un ton solennel. Par imitation, beaucoup de juifs répondent amen en accentuant sur le A. Or en hébreu, אָמֵן est oxyton, accentué sur le מ. |